
Des chiffres qui interpellent
Une étude parue en 2025 dans la revue Patterns chiffre l’empreinte hydrique annuelle des systèmes d’IA entre 312 et 765 milliards de litres : soit plus que la production mondiale d’eau en bouteille. Concrètement, dix à cinquante questions posées à un grand modèle équivalent à une bouteille de 500 ml. L’entraînement de GPT-3 aurait à lui seul consommé 700 000 litres. Quant à Google, ses installations ont englouti 24 milliards de litres en 2023 : l’équivalent annuel de 453 000 Français.
Le vrai problème : le mix électrique
L’Agence internationale de l’énergie prévoit un doublement de la consommation d’eau des datacenters d’ici 2030 (1 200 milliards de litres). Et contrairement à une idée répandue, le refroidissement direct des serveurs n’est pas le principal coupable. Les deux tiers de l’eau partent en amont, dans les centrales (charbon, gaz, nucléaire) qui produisent l’électricité. Implanter un data center, c’est donc aussi solliciter : souvent à des centaines de kilomètres : les ressources de tout un bassin.
Des solutions, mais une opacité tenace
Les pistes existent : refroidissement en boucle fermée, immersion liquide, récupération de chaleur fatale (l’ADEME estime à 3,6 TWh le gisement français), implantation dans des climats froids, recours aux eaux non potables. L’Europe encadre via le Climate Neutral Data Centre Pact (PUE cible de 1,3) et impose depuis octobre 2025 la valorisation thermique pour les installations supérieures à 1 MW. Reste une zone d’ombre tenace : les géants du numérique communiquent peu, et les estimations actuelles dépendent largement de modèles plutôt que de mesures réelles.
Ce qu’il faut retenir
L’eau est devenue un enjeu stratégique de l’IA, au même titre que l’énergie ou le silicium. Pour les territoires, c’est désormais un critère de souveraineté ; pour les entreprises, un facteur de risque ; pour les utilisateurs, un coût invisible. À l’heure où chacun s’interroge sur l’impact carbone du numérique, il est temps d’élargir le regard : derrière la requête instantanée, il y a une rivière. Quels arbitrages sommes-nous prêts à voir posés, comment et par qui ? La gouvernance mondiale actuelle ne présage rien de bon...
Sources
UNESCO, Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau (2024) ; A. de Vries-Gao, « The growing energy and water footprint of AI », Patterns (2025) ; Agence internationale de l’énergie, Energy and AI (avril 2025) ; ADEME ; Climate Neutral Data Centre Pact.
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