Les réseaux sociaux, un enjeu devenu crucial pour les élections présidentielles françaises
28 FÉVRIER 2022
La Rainette


POLITIQUE DIGITALE — 28 février 2022 — Par La Grenouille
À quelques semaines du premier tour de la présidentielle 2022, les réseaux sociaux pèsent comme jamais sur la campagne — entre stratégies d'influence inspirées d'Obama, méthodes agressives héritées de Trump, et communautés politiques très structurées.
Convertir et faire parler de soi
La campagne d'Obama en 2008 reste la référence : les organisateurs ont les premiers compris la montée en puissance des réseaux sociaux et déployé une stratégie de grande envergure pour convertir des sympathisants en militants actifs via Facebook, groupes de discussion, Twitter — en ciblant les cercles relationnels et communautés privées.
En France, depuis 2010-2011, une stratégie plus classique s'est appuyée sur les réseaux militants existants. Emmanuel Macron a admirablement joué cette carte en 2017 en orientant sa communauté sur sa personne plutôt que sur un corpus idéologique, et en multipliant les présences sur des canaux moins traditionnels (Twitch, McFly et Carlito, TikTok).
Agressivité, fake news et intimidation
Les extrêmes gauche et droite sont aujourd'hui les communautés les plus structurées et actives sur le terrain conversationnel. Elles s'inspirent ouvertement de la méthode Trump — pilotée par Steve Bannon — qui consiste à imposer ses thématiques et ses « vérités », au détriment des médias traditionnels.
Le principe est double :
Promouvoir ses idées en les simplifiant à 1 ou 2 messages forts (« Make America great again »), construits sur un corpus de fausses informations qui les « prouvent ».
Détruire les opposants par des campagnes de désinformation et de dénigrement (le faux certificat de naissance d'Obama, les rumeurs sur ses origines).
Une étude du Washington Post a démontré le rôle actif des services secrets russes dans la propagation de ces campagnes. Un dispositif américain de surveillance a été mis en place dès 2021, et un équivalent français déployé pour 2022.
Côté français, l'un des premiers faits marquants de cette mécanique est à mettre au crédit de la droite et de l'extrême droite avec la campagne « Ali Juppé » lors de la primaire de 2017.
Et en 2022 ?
Servie par CNews, Valeurs actuelles ou Europe 1, cette stratégie est menée activement depuis mi-2021 par Éric Zemmour et la fachosphère, qui disposent d'une force de frappe impressionnante en volume et en thématiques. La théorie du grand remplacement, construction purement d'extrême droite, est devenue un exemple emblématique de cette montée en puissance.
Cette présence pèse sur l'ensemble de l'écosystème conversationnel et arrive à pénétrer l'opinion publique et les médias, soit en les relayant, soit en les dénonçant. C'est peut-être là le point le plus important : les réseaux sociaux sont fortement pollués par quelques thématiques, ne laissant que peu de place aux autres sujets.
Sur le reste de l'échiquier, on note une communauté toujours active autour d'Emmanuel Macron (en régression depuis 2017), des communautés moyennes autour des partis classiques (PS, EELV) et une France Insoumise structurée et incarnée par Jean-Luc Mélenchon, qui a su créer le buzz autour de ses meetings (hologramme, caméras 360°) et de ses canaux propres (chaîne YouTube, blog).
À quelques semaines du premier tour, de nouveaux épisodes sur les réseaux sociaux viendront sans doute s'ajouter aux feuilletons médiatiques. À suivre.